"Le regard. Tel est le fil conducteur de notre travail. D'abord le regard des victimes, dans lequel se reflètent la peur, la tristesse, la détresse. Celui des bourreaux également, plein de haine, d'indifférence et parfois de joie devant leurs exactions. Il y a enfin l'intention du photographe, et l'intention des diffuseurs, avec ce qu'ils veulent nous montrer et nous dire. Nous avons réappris à voir tout cela, à lire dans les yeux des blessés, des torturés, des morts. Nous avons réappris que même si les images de guerre et de violence ont été banalisées, elles n'en restent pas moins le reflet de la réalité, une représentation de faits qui ont vraiment eu lieu.
Nous étions noyés par toutes ces images, à force de boire les informations des médias et autres moyens de communication. Désormais, nous avons tous les outils pour accueillir les images pour ce qu'elles sont, avec leur contenu, leur message, leur sens. C'est dans cet esprit que nous nous sommes pris en photo, pour témoigner du poids des images. À partir de ce que vous voyez de nous sur ces images, vous pouvez deviner ce que nous sommes en train de regarder. Regarder une image c'est la recevoir, mais sait-on encore recevoir les images pour ce qu'elles sont?
Il fallait refléter la saturation d'images de guerre dont nous sommes tous les témoins, que nous vivons tous, et porter le message que derrière ces images, il y a de vraies personnes, et de la violence qui a été, est, et sera toujours bien réelle.
Ne sommes-nous pas comme endormis par le flot permanent d'images qui arrivent à nos yeux? La banalisation de toutes ces images nous insensibilise face à la violence. Nous sommes résignés, moins enclins à réagir, à protester. La saturation que nous vivons au quotidien retire aux images tout leur poids, leur impact, leur sens... N'est-ce pas au final une forme de désinformation?"
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