« Nous vous informons que le programme qui va suivre contient des scènes qui peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ». Cette formule, vous la connaissez, nous la connaissons tous. Elle est diffusée au début de certains programmes particulièrement violents ce afin de protéger les téléspectateurs les plus jeunes d’un éventuel traumatisme que pourrait causer une éclaboussure de sang à l’image… Autrement dit, pour leur épargner le contact avec la violence… Cette violence hollywoodienne à base d’armes, de cascades en voitures et de morts photogéniques. Une violence qui se veut réaliste sans être forcément choquante et qui finit par dépasser la réalité en nous montrant des morts de plus en plus violentes par le biais d’images de plus en plus belles. Pourtant ce message de protection ne se trouve pas au début de l’émission télé la plus violente, la plus diffusée et la plus regardée au monde, le journal.
Chaque jour aux informations, on voit des reportages sur des faits-divers mortels, des émeutes, des attentats, des guerres… On nous montre sans cesse et avec une censure minimaliste la VRAIE violence, celle qui se fout éperdument de l’esthétisme, qui n’a pas besoin d’artifice pour se teinter de rouge, qui se fait en une seule prise et sans doublure, dont les acteurs n’ont qu’une seule occasion de tournage et n’ont pas à se forcer pour avoir l’air réels. C’est de cette violence dont nous allons parler dans Regarder VOIR et du rapport que nous avons face à cette violence véridique, tangible.
Nous sommes des spectateurs, vous, moi, eux, tout le monde assiste à cette violence par l’intermédiaire de la presse, de la télé, d’internet … Nous en voyons tellement qu’en fin de compte, nous y sommes habitués, nous y devenons peu à peu insensibles. Des images d’enfants squelettiques mourrant de faim ne nous font que sourciller, un reportage sur une guerre lointaine dans un quelconque pays ne nous intéressera même pas car nous ne nous sentons pas concernés. L’habitude de la violence finit par nous dominer et en fin de compte il faut vraiment nous choquer pour nous faire réagir. Mais comment réagir ? En exprimant son dégoût ?En clamant que ce spectacle morbide ne devrait pas être considéré comme "normal"? En faisant tout pour qu'il ne se reproduise plus? Car le fait qu'une telle violence existe ou ait existé et celui que l'on nous la montre ne doivent en aucun cas être appréhendé l'un sans l'autre.
Montrer à des élèves des images des camps de concentration durant la seconde guerre mondiale, dans le cadre d'une leçon d'Histoire, est différent de montrer les corps de victimes d'un attentat ou de nous asséner les images d'un homme apparemment normal en nous le présentant comme un violeur et un meurtrier multi-récidiviste. Cela est différent dans le sens où on nous montrera l'horreur du passé pour nous permettre d'en tirer des leçons pour éviter de refaire les mêmes erreurs, pour nous faire prendre conscience de jusqu'où peuvent mener les dérives d'une mauvaise idéologie. Au contraire il n'est pas essentiel de nous montrer l'horreur quotidienne, elle ne peut que nous choquer et nous faire peur, elle nous fera croire que le danger est partout, que la violence guette chacun d'entre nous et peut nous tomber dessus à tout moment.
La violence finit par être tellement présente que l'on s'y habitue, au même titre qu'un bruit de fond gênant qui ne redevient important que lorsqu'il s'arrête, on apprends à vivre avec cette crainte, et finalement on n'y repense plus, à moins d'en être soi-même victime.
Nous avons cherché, à travers ce projet, à transmettre un message, à utiliser notre regard pour vous faire comprendre ce que les mots sont incapables de porter. Ces visages sont pris alors qu'ils observent la photo d'un conflit, que ce soit une scène de torture ou des enfants soldats brandissant fièrement leurs armes.
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